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Interview

Sébastien, le grand enfant engagé

Un après-midi baigné de soleil, je retrouve Sébastien à sa place habituelle : dans son atelier, sourire franc et gestes précis, en train de donner un coup de main à Guy, habitué des lieux (retrouvez son interview ici). Il écoute, il bricole, il explique. À 50 ans, ce Français frontalier est aujourd’hui chargé de projets pour FACILITEC, mais aussi du projet Cyber N’éthique, avec l’idée ambitieuse de redéfinir notre rapport aux technologies.

Sébastien a grandi du côté français, en Lorraine, une région qu’il connaît par cœur. Il le dit d’emblée, comme une carte d’identité affective.

Son parcours, à l’image de ses convictions, se construit par couches. Fils de mineurs et délégué syndical, dès l’adolescence, il baigne très tôt dans une ambiance militante. Il entre dans la vie active via le commerce familial de jouets, ensuite met à profit ses études de comptabilité dans une association, qui finira par l’embaucher. C’est là qu’il découvre le réseau REAS (Réseau de l’Économie Alternative et Solidaire) qui jouera un rôle central dans son éveil militant.

Quelques années plus tard, il s’investit dans une autre structure associative, devenue coopérative, qui faisait de la médiation autour du jeu vidéo. Puis, après la crise du Covid, vient une période de doute, mais aussi d’idées. Il imagine un FabLab en lien avec l’intercommunalité de sa région. Faute de temps, le projet ne voit pas le jour. Du moins localement. Car un ancien contact du REAS, Éric Lavillunière, co-fondateur de Transition Minett, séduit par l’idée, lui propose de l’importer… au Luxembourg. C’est ainsi que le FabLab voit finalement le jour au sein de Transition Minett, avec FACILITEC.

Derrière les bifurcations et les hasards, une ligne directrice persiste : articuler le social et l’environnemental. « Mes parents avaient un commerce de jouets. Même si j’avais conscience de certaines choses, on était quand même dans une logique de surconsommation. » Le déclic ? Les rencontres. Celles avec les acteurs du REAS notamment, qui lui ouvrent des perspectives sur l’écologie. Il ne s’en cache pas : « Je déconstruis encore ce que j’ai appris. J’essaie de freiner certaines pratiques que j’avais avant. » Fini les achats impulsifs, surtout dans son domaine de prédilection : les nouvelles technologies. « C’est un défi permanent », glisse-t-il.

Sa vision de la transition écologique se veut critique mais ouverte. Il rejette les postures intégristes comme les discours culpabilisants : « L’écologie punitive, ça ne marchera pas. Pour moi, la transition, c’est une manière d’amener les gens à adopter aujourd’hui ce qu’ils devront de toute façon appliquer demain. »

Conscient de parler depuis une position relativement privilégiée, celle d’un cadre associatif au Luxembourg, il cherche malgré tout à maintenir une posture d’équilibre : réduire le laxisme sans tomber dans l’excès inverse. « On est obligé de consommer, mais pas à tort et à travers. »

Avec l’atelier, Sébastien veut plus qu’apporter des solutions pratiques. Il veut éveiller des consciences. Ramener des gens qui, au départ, viennent réparer un grille-pain ou utiliser une perceuse, vers une réflexion plus large : « La transition, ça peut être ça aussi. » Il sait que les urgences environnementales ne disparaîtront pas avec le besoin de réparer, mais il continue de croire à l’impact des petits gestes, et surtout à la force des rencontres humaines. Il évoque avec fierté ces moments où des bricoleuses et bricoleurs repartent de l’atelier avec un objet réparé, mais surtout, avec un regard un peu changé.

L’engagement de Sébastien trouve ses racines dans une histoire familiale. Du petit garçon qui aidait ses parents à vendre des jouets au comptable militant, il est aujourd’hui un bâtisseur d’idées, mêlant le ludique à l’éthique.

Et demain ? Il nous parle d’un projet très concret : un jeu de piste dans les rues d’Esch. Il sourit en imaginant les équipes arpentant les trottoirs, résolvant des énigmes, découvrant des lieux inspirants. L’objectif : valoriser les actions citoyennes menées avec Transition Minett et d’autres acteurs. « Le ludique a toujours été un levier de sensibilisation. Montrer que des solutions existent, que l’action est possible. »

Le mot de Sébastien

« À 50 ans, je pense qu’il n’y a pas d’âge pour se déconstruire. Moi aussi j’ai eu des a priori sur l’écologie.Moi aussi j’ai pensé qu’il fallait aller dans une seule direction. C’est normal de douter. Même parmi ceux et celles qui savent, certain.e.s ne savent pas. Alors, continuons à essayer de comprendre, à remettre en question, à décider en conscience. » Ecrivez à Sebastien si vous souhaitez le rejoindre dans ses projets hors du commun : atelier@transition-minett.lu

Merci Sébastien pour cet échange ! Si vous avez envie de découvrir l’atelier et de rencontrer Sébastien, rendez-vous au 37B, rue de la Fontaine, à Esch-sur-Alzette. (Horaires d’ouverture disponibles ici.)

Par Loane N.