Aujourd’hui, rencontre avec Gilles, 57 ans, mémoire associative et moteur de FACILITEC, un tiers-lieu qui répare des objets et aspire à mobiliser les citoyen.ne.s.
Le soleil tape timidement sur la façade de FACILITEC. Gilles, débit calme, est installé en terrasse. On attaque l’entretien un peu à la volée, mais il ne se dérobe pas face à l’exercice.
Gilles, c’est le choix d’une vie engagée. Une existence placée sous le signe de l’utilité sociale. Né en France, installé au Luxembourg depuis 2008, il bosse dans l’ombre des projecteurs, là où s’élaborent les solidarités discrètes. Depuis un an, il pilote FACILITEC, un lieu hybride où se croisent recyclage, réparation et initiatives citoyennes. Un tiers-lieu de la transition, version eschoise.
Le parcours de Gilles vient de l’humanitaire d’abord, après trois diplômes universitaires dont un master à Lyon, et quelques valises posées dans des ONG bien connues (Médecins sans frontières, Handicap International etc.) et bientôt trois décennies à arpenter les marges du système dans de nombreux pays, Afghanistan, Congo, Gaza et bien d’autres, encore d’actualité. « J’ai vu l’urgence, l’impuissance aussi », lâche-t-il. Un constat dur : malgré les efforts, les problèmes persistent. « Si l’urgence apporte le soutien humaniste et le secours indispensable aux populations en danger, elle ne change rien des causes qui l’ont déclenchée. En fait, cela ne fait qu’empirer. À un moment, j’ai compris qu’il fallait traiter les choses à la racine. » La racine, selon Gilles, c’est ici. C’est local, c’est aller sur du concret, à hauteur d’Homme.
Son virage vers la transition écologique ne s’est pas fait sur un coup de tête. Plutôt sur un choc lent. En 2015, dit-il. Le changement climatique devient palpable, la biodiversité s’éteint : plus de neige, beaucoup moins de chants d’oiseaux que durant son enfance. Trop rapide. Et puis, une rencontre avec Brice Montagne. Avec un petit groupe de militants, ils posent au Luxembourg, les premières pierres de Rise For Climate, puis impulsent la création de Youth for Climate et participent à l’émergence d’Extinction Rebellion, L’engagement prend une autre forme, plus citoyenne, plus participative, plus engagée.
Mais l’oreille sourde des décideurs politiques au niveau national qui ne céderont absolument rien aux jeunes en 18 mois de lutte, puis la pandémie Covid passe par là. L’absence de résultats freine voire épuise les énergies. Certains projets s’essoufflent. D’autres résistent. Foodsharing Luxembourg, entre autres fondée par un militant de RFC (Rise for Climate) de la première heure, poursuit sa route avec cette même idée : réconcilier l’écologie par l’usage qu’en font les citoyen.ne.s.
Gilles y croit encore. Et pour cause, il y a beaucoup plus d’écoute au niveau local/communal et, « Ce qu’on fait chez Transition Minett, ça parle à tout le monde. Peu importe ta classe sociale. Les Repair Cafés, le second-hand, l’atelier permanent avec Sébastien… Ce sont des lieux d’économie de ressources et surtout d’échange et de partage.» Dans ses mots, l’écologie retrouve une forme d’horizontalité. Pas de baguette magique, juste des actes réels.
Quand on lui demande son meilleur souvenir depuis son arrivée, il n’hésite pas : le premier Repair Café. « Je me suis dit, ouais, je fais ça pour ça. Ce sont des projets ouverts et accessibles. »
Son ambition ? Pragmatique. Pas de changement en un claquement de doigts, mais l’espoir que d’autres s’y mettent. « J’aimerais voir plus de groupes citoyens se monter, discuter, se mobiliser… » Son moteur : l’humain, et les liens qu’il tisse au fil des projets.
Sur cette terrasse, justement, on s’attarde sur les objets. Une table, un canapé, aménagés avec du matériel de récup’. « Le recyclage, c’est pas qu’une théorie. C’est une pratique. Et une vision. Celle d’un monde qui répare plus qu’il ne jette. »
Le mot de Gilles
« Venez à FACILITEC. Pour un café, un thé, une discussion. Parce que les projets, ce sont d’abord des personnes. Moi aussi, j’ai mes contradictions, mais discutons-en ! »
Aujourd’hui, un nouveau groupe de citoyens s’est créé pour rénover la Maison de la Transition de manière durable, participative et conviviale. On y apprendra diverses techniques du bâtiment et notamment la gestion énergétique passive et active. Alors que vous soyez compétents ou débutants n’hésitez plus à nous rejoindre en écrivant à facilitec@transition-minett.lu
Par Loane. N – Volontaire européenne chez Transition Minett
