Parcours sinueux, convictions solides. À 60 ans, Éric Lavillunière est un homme comblé : père, grand-père, mari d’Adriana. Il dirige aujourd’hui l’association Transition Minett. Un échange qui nous souffle un vent de militantisme, profondément ancrée dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Une vie à chercher les failles du système pour y trouver des alternatives.
L’animation
Né en France, installé au Luxembourg depuis 2006, Éric a pris très tôt le virage de l’engagement. Après un bac scientifique, il s’oriente vers l’animation socio-culturelle. Le diplôme d’animation en poche, il s’inscrit à la fac de Saint-Denis, haut-lieu du militantisme universitaire, pour une licence en animation socioculturelle. Là, il prend goût à la vie associative, politique, ancrée à gauche. Mais rapidement, une frustration : « On a peu de pouvoir pour changer les choses en animation ». Il bifurque. Cap sur l’économie sociale et le développement local. Enchaîne maîtrise, puis DEA en économie du développement, spécialité économie régionale à Bordeaux.
Le Service civil
Pas question pour Éric de faire son service militaire. Il opte pour un service civil comme objecteur de conscience à Pantin, à l’Agence de liaison pour le développement de l’économie alternative. Là, il contribue à structurer le REAS, un réseau national rassemblant coopératives, associations, acteurs de l’insertion, autour d’une même idée : l’économie autrement. « Il fallait réconcilier les héritages post-68 avec les réalités du terrain. Arrêter de cloisonner les idéologues et les travailleurs sociaux », résume-t-il. Pendant 18 mois, il sillonne la France pour faire vivre ce réseau. Aujourd’hui disparu dans l’Hexagone, le REAS a laissé des traces, notamment en Espagne.
Les rencontres
Après cette entée en matière militante, Éric est recruté dans un GRETA (Centre de formation de l’éducation nationale en France) en Auvergne. Mission : développer un pôle d’économie solidaire. Il se forme en parallèle au métier d’agriculteur en bio pour créer une ferme d’accueil, lieu hybride mêlant production et accompagnement de porteurs de projets. Le rêve ne verra jamais le jour. Pas grave. L’échec ne freine pas le mouvement. Il fonde un collectif – les MB, puis MB² (à prononcer M-B-carré) – et croise la route d’Éric Dacheux, qui fondera plus tard une théorie de la « délibéralisation » de l’économie. Son engagement le propulse ensuite dans des évènements européens, en Suède, puis à Bruxelles. Là, il s’attaque à un nouveau chantier : la RSE, la responsabilité sociétale des entreprises. « On essayait d’y injecter une touche écolo, un souffle politique. Mais il manquait le terrain. »
Le Luxembourg
Nouvelle étape, nouvelle rencontre. Lors d’une conférence, il croise un membre du réseau OPE (Objectif Plein Emploi), qui regroupe les CIG-Ls (Centre d’initiative et de gestion locale), qui lui propose de rejoindre le mouvement à Schifflange. Nous sommes en 2006. C’est là que s’ancrera vraiment son engagement luxembourgeois.
Cela le mènera à organiser la conférence internationale de globalisation de la solidarité à Schifflange en 2009. Puis vient l’année d’après, les rencontres du Réseau Inter-Universitaires de l’ESS, avec l’université du Luxembourg, qui débouchera sur la parution d’un ouvrage théorique sur l’économie sociale et solidaire : « Un domaine sans définition claire, sans manuel. Il fallait poser des mots. »
À Esch, avec Norry Schneider et quelques autres, il lance en 2012 un jardin partagé, base du projet Transition Minett, variation luxembourgeoise du mouvement international Transition Towns. Il lancera en 2016 le projet Reconomy, une manière de reconnecter l’économie à la communauté, de construire localement les bases d’un autre futur.
La suite, c’est l’histoire de Transition Minett. Un écosystème, des projets, des gens.
Ce qui marque dans son récit, c’est la constance. Un fil rouge invisible : la volonté de faire ensemble, toujours, avec humilité. « Je n’ai jamais compté mes heures de travail ni mes vacances. Ce n’est pas un modèle à suivre, c’est juste celui que ma famille et moi avons choisi. »
L’action
Après un engagement précoce au sein des foyers ruraux, il s’engage à 26 ans, d’abord dans l’économie alternative. Fils d’une famille socialiste, il aurait pu rejoindre une ONG internationale. Il a préféré « accompagner des naissances de projets », rester au plus proche du terrain. Pas de grands rêves pour la retraite, pas d’objectifs. « Je suis très Carl Rogers : ici et maintenant. »
La suite ? Transmettre. « J’aimerais me désengager de la direction et laisser la main à celles et ceux qui ont cette flamme. » Il imagine sa retraite entre le Sud de la France et le Brésil. Ailleurs, toujours en mouvement. « La mobilité a fait partie de mon parcours. Ça n’a pas toujours été simple pour la famille, mais je suis allé là où il y avait des choses à faire. »
Vous vous sentez concerné par la Transition pour construire un avenir aux générations futures mais sans trop savoir quoi faire ? Venez en discuter on trouvera quoi faire ensemble.
Contact : eric@transition-minett.lu
Un grand merci à l’équipe de Transition Minett, de m’avoir accordé du temps 😉 Et si je dois vous adressez un dernier mot à vous, lecteur.trice.s de cette série de portraits que ce soit dans un an, trois mois, ou cinq heures après sa diffusion, j’espère que vous irez rencontrer cette équipe et vous aussi passer à l’action.
Par Loane. N – Volontaire européenne chez Transition Minett
