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Interview

Eric, l’engagé azimut

Je retrouve Éric dans la bibliothèque partagée de FACILITEC. C’est le premier salarié de Transition Minett que je rencontre pour lancer cette série de portraits des salarié.e.s de Transition Minett. Parce que parler de transition, c’est bien, mais s’inspirer de celles et ceux qui, comme vous, ont décidé de s’y engager, c’est encore mieux.

Bon, maintenant que vous avez le pitch, c’est parti pour en apprendre un peu plus sur Éric Weirich, membre du pôle participation citoyenne.

On s’installe dans les canapés de la bibliothèque. L’ambiance est détendue. Après un rappel du contexte et de l’objectif de l’échange, on attaque. Fidèle à lui-même, sur un ton joueur, Éric se présente brièvement. Il est chez Transition Minett (auparavant rattaché au CELL) depuis presque six ans. Il a commencé dans son pôle actuel, celui de la participation citoyenne, avec un rôle davantage sur le terrain, en lien direct avec les habitant.e.s. Il travaille aussi avec la Ville d’Esch et sur les politiques publiques.

«J’avais, dans ma vie perso, une casquette politique. Ça m’a aidé à créer du lien avec les citoyen.ne.s», explique-t-il. Il a été élu à Differdange et est membre d’un parti politique depuis 15 ans. Avant ça, il était dans le secteur bancaire. Son parcours est multiple : dix ans dans les logements abordables, une expérience en ONG… Une trajectoire où l’engagement a toujours été là, d’une manière ou d’une autre.

Aujourd’hui, il concilie passions, boulot, engagements. Le sport, notamment, fait partie de son équilibre. «La manière de m’engager forme un tout. Que ce soit payé ou sur mon temps perso, il y a toujours un fil rouge.» Chez lui, pas de frontière nette entre passions et convictions. «Mes passions sportives nourrissent mes engagements politiques, professionnels, et vice versa

Côté prise de conscience écolo, pas de déclic brutal. Une évolution, plutôt. Quelque chose qui s’est affiné avec les années. «Bien sûr que ta conscience écologique se développe, mais ça ne veut pas dire qu’on est exemplaire. On a tou.te.s nos incohérences, moi compris. L’écolo parfait.e, n’existe pas.» Il s’est toujours senti concerné, mais un épisode marquant a accéléré son engagement : un scandale bancaire au Luxembourg en 2014. Il travaillait alors dans ce secteur et a vu, de l’intérieur, ses limites. À partir de ses 30 ans, il ressent un besoin urgent d’agir. «J’ai toujours eu un malaise dans ce milieu

Pour lui, la transition écologique commence par la conscience. «Être capable de nommer le défi climatique, prendre conscience de son impact, faire ce qu’on peut à notre échelle. La transition, c’est ça : amener tout le monde à faire un petit effort

Mais sa vision n’est pas naïve. Elle s’accompagne d’un pessimisme assumé. «J’ai une vision de l’écologie pas forcément positive. Voire inquiétante.» Un constat qui surprend, venant de quelqu’un du milieu. Il l’explique par la difficulté, selon lui, à mobiliser. Il évoque un pic d’engagement avant le Covid : grandes manifs, sommets, discours scientifiques enfin écoutés. Et puis, depuis, une sorte de relâchement. «On sent que les signaux sont de plus en plus alarmants, que le climat s’emballe… Et malgré ça, on détourne les yeux. On revient même en arrière sur des avancées d’avant-Covid

Je voulais comprendre cette vision sombre des années à venir. Alors oui, difficile de résumer toutes ses expériences, mais un chiffre peut éclairer cela : selon une étude de l’Observatoire de la politique climatique (l’étude complète disponible ici), 83 % des Luxembourgeois.es interrogé.e.s estiment qu’il est urgent de ralentir le changement climatique. Un chiffre encourageant, qui nuance un peu ses propos… mais soulève aussi une question : comment transformer cette prise de conscience en action ?

Pour Éric, au Luxembourg aussi, il y a eu mobilisation,mais pas assez d’écoute. «À un moment, les citoyen.ne.s étaient prêt.e.s, et les pouvoirs publics n’ont pas répondu. Résultat : un noyau d’acteur.trice.s motivé.e.s, oui, mais beaucoup se sont éloigné.e.s du sujet, par déception.»

Un phénomène qu’il observe dans son travail, au contact des habitant.e.s. Pour inverser la tendance, il veut continuer à mobiliser sur les événements de Transition Minett et ceux de la Ville d’Esch. Il cite le forum citoyen de mai dernier, un week-end d’échanges avec le grand public. «Il faut une certaine masse critique de gens qui s’intéressent, posent des questions, s’investissent, chacun.e à sa manière. C’est comme ça qu’on évite de faire l’autruche.»

Un souvenir marquant chez Transition Minett ? L’exposition sur l’adaptation au changement climatique, montée avec le service écologique de la Ville d’Esch. Elle a été installée pendant six mois sur la place de l’Hôtel de Ville. Une fierté. « J’espère que ça a sensibilisé pas mal d’Eschois.es.». (Elle est désormais installée au Centre nature et forêts d’Ellergronn.)

Derrière ce pessimisme apparent, Éric garde l’envie de transmettre les valeurs de la transition. Il voit son travail comme une discipline, proche de sa pratique sportive. Être salarié de Transition Minett, c’est aussi vouloir faire rayonner la transition, la porter auprès de la société civile, mais aussi dans la sphère politique. Afin de faciliter l’émergence de projets citoyens.

Le dernier mot d’Éric

« Il ne faut pas avoir peur du mot écologie, ni se bloquer si on n’y connaît rien. L’écologie, ça peut être très concret, très pratico-pratique. Et pour le reste, on a des gens qui font ça très bien, qui publient des rapports, qui nous éclairent. Ce qu’il faut cultiver, c’est “the art of just doing things” (l’art de juste faire les choses). C’est une base qu’on veut transmettre aux citoyen.ne.s. Il ne faut pas craindre de se lancer.»

Merci Éric pour cet échange !

C‘est justement sur cette quête de prise de conscience auprès des citoyen.ne.s qu’est née le « Forum citoyen pour le climat » en 2024, qui a pour but de valoriser la participation citoyenne et d’engager un dialogue entre la Ville d’Esch et la société civile sur des enjeux liés au changement climatique.

Désormais co-organisé annuellement avec le service écologique sur un sujet donné, il est prévu d’aborder différents aspects de notre accès et gestion de l’eau lors du Forum en 2026. Si ce sujet vous intéresse – que vous soyez expert ou non en la matière – et que vous souhaitez contribuer à l’organisation du Forum, alors prenez contact avec Eric en lui écrivant à ericw@transition-minett.lu

Par Loane N.