« Qu’est-ce que tu aimes faire ? Dans quel lieu tu te sens bien ? »
C’est cette question simple, posée par un coach à un moment charnière de sa vie, qui a tout changé pour Déborah.
Sa réponse : « Dans la cuisine. »
Originaire du sud du Brésil, d’ascendance luxembourgeoise, Deborah est arrivée au Luxembourg en 2022 après un parcours riche et étonnant. « Mon parcours professionnel est un peu atypique, » sourit-elle. Elle a d’abord étudié l’agronomie, passionnée par l’agriculture et les liens entre nature et alimentation. Puis, attirée par le mouvement, la santé et l’humain, elle se tourne vers l’éducation physique et le sport, puis l’ergonomie au travail.
Sa carrière prend son envol lorsqu’elle fonde sa propre entreprise de bien-être au travail, qu’elle dirigera pendant dix-sept ans. « Même si je travaillais dans le domaine du bien-être, c’est là que j’ai découvert… le burn-out. »
Ce choc devient un tournant. « Je travaillais de 8 h à 22 h, sans écouter les signes. Quand le burn-out est arrivé, je me suis demandé : qu’est-ce que je veux vraiment ? »
De cette introspection naît une nouvelle voie : la cuisine comme espace de guérison et de partage. Elle recommence modestement, en préparant des apéritifs pour des amis. Trois mois plus tard, elle est invitée à donner des conférences sur la gastronomie, la santé et le bien-être dans une université brésilienne.
Elle reprend alors des études en tourisme et gastronomie, travaille comme professeure, pâtissière et chercheuse, tout en accompagnant des petits producteurs bio dans le développement de produits durables.
« J’ai toujours cherché à relier la cuisine, la santé et la durabilité, » explique-t-elle. « C’est dans cette alchimie que je trouve le sens. »
Un déclic écologique au-dessus de l’Amazonie
C’est dès ses premières années d’université, en d’ingénieur agronome, que Deborah prend conscience de l’envers du modèle agricole dominant. « À 20 ans, j’ai eu l’opportunité de voyager au nord du Brésil, près de la région amazonienne, » se souvient-elle.
« Depuis l’avion, j’ai vu la forêt s’interrompre brutalement pour laisser place à des étendues infinies de soja. Des millions d’hectares, de la monoculture à perte de vue. »
Ce choc visuel l’amène à questionner le système agricole industriel, les ravages des pesticides et la perte de biodiversité. « Même à l’université, on nous formait sur la monoculture, pas sur le vivant. C’est là que j’ai compris que je ne croyais pas en ce modèle. »
Ce regard critique sur la surexploitation des sols a profondément marqué sa vision de la cuisine et de la durabilité : relier la terre, la santé et la conscience écologique dans chaque assiette.
Arrivée à Luxembourg, elle rejoint d’abord quelques restaurants avant de croiser la route de la Mesa où Deborah est cheffe cuisinière et met toute son énergie dans la création de menus sains, durables et inspirés des produits du jour.
« La Mesa, ce n’est pas un restaurant comme les autres. On ne travaille pas avec un menu fixe : chaque jour, les produits arrivent, et c’est à partir d’eux que je compose. C’est un défi, mais c’est aussi ma motivation. »
Pour elle, cuisiner ici, c’est aussi transmettre : « Je forme une équipe de personnes qui ne sont pas forcément professionnelles de la cuisine. Chaque jour, on apprend ensemble. »
Sa cuisine a une signature : simple, saine, et faite maison.
« Je veux que les gens sentent le bien-être dans l’assiette. »
Quand on lui demande ce que signifie la transition, Déborah répond sans hésiter :
« C’est repenser la façon de vivre, avec moins d’impact négatif. Et si possible, transformer ce qui existe déjà en quelque chose de positif. »
Un rêve anime aujourd’hui sa présence à La Mesa : créer une école de gastronomie durable et saine, ouverte à toutes et tous.
« Former les gens, leur montrer que cuisiner peut changer la vie, c’est ça que j’aimerais. »
Et déjà, d’autres idées mijotent : « Avec Artèmis, on aimerait développer des produits de La Mesa : confitures, pains, produits lacto-fermentés… J’espère que l’année prochaine, ces projets verront le jour ! »
Tu peux déguster les plats préparés avec passion par Deborah au restaurant de la MESA, du lundi au samedi, de 12h à 14h.
Contact : deborah@transition-minett.lu
Par Paulina J.
